Voxeet, une conférence en son 3D

Stéphane Giraudie vit depuis 15 ans dans la région de la baie de San Francisco. Son accent, il le doit à sa ville d’origine, Tulle en Corrèze, dans le Sud-Ouest de la France. Serial entrepreneur, il co-fonde en 2012 « Voxeet », une application qui révolutionne l’expérience sonore des audioconférences grâce à du son 3D immersif en haute définition. Rencontre au 88 Kearny street.

JPEG

L’idée de Voxeet est partie d’une frustration…

Oui... Il y a 200 milliards de minutes d’audioconférence par an dans le monde. Aujourd’hui, on peut voir les personnes en vidéo pendant la conférence, on peut même partager les écrans, mais la partie audio est catastrophique ! Les conversations coupent, il y a du bruit dans l’arrière-plan, on ne comprend pas qui parle quand la conférence se fait à plusieurs. Les gens sont vraiment frustrés par l’expérience audio. Autant de problèmes que nous avons solutionnés avec Voxeet, une app de "conferencing" et de collaboration qui permet aux équipes distribuées, réparties dans plusieurs lieux géographiques, de travailler et d’échanger de façon beaucoup plus naturelle.

Votre technologie, "TrueVoice", en quoi consiste-t-elle ?

Le son de Voxeet est un son 3D immersif en haute définition. C’est comme être dans une pièce de 10 mètres de profondeur… Avec Voxeet, non seulement vous pouvez voir les personnes dans la conférence mais aussi les déplacer dans l’espace. Si je bouge ta photo sur l’écran à droite, ta voix viendra de la droite. Le visuel plus le son, qui vient de la position dans l’espace, permet au cerveau de vraiment bien comprendre qui parle à tout moment. L’intérêt est que nous pouvons avoir une conversation, sans avoir à élever la voix car c’est un son en Haute Définition, comme si nous étions tous assis autour d’une table. Voxeet permet de reconstituer l’espace tel qu’il est dans une pièce normale.

GIF

Quels sont les services offerts par Voxeet ?

Dans le monde du "conferencing", il y a eu de gros changements. L’idée aujourd’hui est de donner les bons outils pour pouvoir collaborer en temps réel, et pouvoir si besoin, cliquer sur un bouton pour appeler tout le monde tout de suite. Nous offrons toute cette partie de collaboration avec Voxeet. Notre application mobile (sur iOS et Android) permet notamment de planifier les meetings à l’avance et d’appeler les gens directement. Il y a plusieurs façons de rejoindre une conférence Voxeet sans forcement être enregistré comme par exemple via notre nouvelle plateforme web en cliquant sur un lien, une url unique, ou encore via un numéro gratuit que tu appelles. Toujours avec cette expérience "TrueVoice" de son 3D.

JPEG

La concurrence et le marché du "conferencing", vous l’abordez comment ?

Nous avons des utilisateurs dans 121 pays aujourd’hui et environ 400.000 téléchargements, et cela continue sans cesse de monter. L’ app est gratuite pour le moment avec tous les outils de collaboration. Il y aura bientôt une version "pro" pour $9 par mois. Mais l’app restera gratuite jusqu’à 6 participants par conférence. Avec la version "pro", tu pourras enregistrer la conversation, partager des fichiers, avoir jusqu’à 15 participants, avoir la vidéo, avoir une intégration "slack"… Nous avons lancé une offre B2B (Business to Business) pour introduire notre Tech « TrueVoice » dans d’autres applications. On explore aussi des domaines type la VR (la réalité virtuelle), où le son est souvent monophonique.

Comment est né le projet "Voxeet" ?


Comme beaucoup, je faisais de nombreuses conférences téléphoniques car j’avais des équipes distribuées. Je passais ma journée sur WebEx ou Skype. Et j’étais a chaque fois frustré par la qualité sonore. J’ai rencontré mes deux co-fondateurs, deux français, à Bordeaux en France. Ils avaient développé cette technologie de son 3D. Ils m’ont fait une démo et j’ai été bluffé… Je me suis dis : Si je pouvais avoir cette qualité sonore pour mes rendez-vous, cela me changerait la vie ! Du coup, je me suis lancé dans cette nouvelle aventure. Voxeet existe depuis 2012. Aujourd’hui, nous avons un bureau de Business Developpement à San Francisco et un bureau de développement à Bordeaux en France. On utilise notre produit plus de 4h par jour pour communiquer... Nous avons fait notre première levée en 2013, $1.5 million avec notamment Partech Ventures. Il y a 6 mois, nous avons levé $1.5 million supplémentaires. Nous avons un nouveau VC qui est arrive et qui nous a amené des investisseurs stratégiques comme la cofondatrice de WebEx ou l’un des investisseurs dans Skype.

PNG

Quelle est la recette pour devenir un serial entrepreneur à San Francisco... ?

Pour ma part, j’ai fait une Business School à Toulouse, puis un stage de deux mois à San Francisco dans la première entreprise à faire de la retouche d’image en temps réel. J’étais responsable produit, et je ne suis jamais reparti... Je suis resté dans cette entreprise fondée par John Sculley ancien CEO d’Apple pendant 6 ans. Puis je me suis lancé à mon tour dans l’entreprenariat, en créant notamment "Papilia", un éditeur de logiciels de communication destinés aux organisations à but non-lucratif. Partir de zéro, créer des choses et arriver à de beaux succès, l’entreprenariat c’est vraiment ma passion... Il ne faut pas croire que quand on arrive ici, tout va être facile. Il faut faire son réseau, avoir un produit solide, on ne finance pas des idées ! Il faut travailler dur, s’accrocher et puis sortir du lot. Mon dernier projet en date : Voxeet.

JPEG

En tant qu’entrepreneur français, le réseau français et la French Tech à San Francisco sont-ils utiles ?

Tout à fait ! Quand je suis arrivé dans la Silicon Valley, il fallait éviter le groupe des français de la Bay Area pour pouvoir bien mieux s’intégrer dans la culture américaine. Les évènements français n’avaient pas trop de valeur ajoutée au niveau business. Aujourd’hui, il y a une vraie communauté business française qui s’entraide et s’épaule, avec des réunions de qualité ! On a le vin, le fromage, la Tech, la finance, la banque… l’entreprenariat dans tous les domaines ! Ça fait plaisir à voir. Et c’est un réel appui en tant qu’entrepreneur. La French Tech ? Il y a un vrai cachet français, une renommée internationale, une culture ! Mettre ce cachet en avant, c’est bien et cela porte ces fruits.

Dernière modification : 12/05/2016

Haut de page