Laurence Markarian, consule honoraire dans le Montana

Consule honoraire de France dans le Montana, Laurence Markarian est également entrepreneure... Depuis 28 ans aux USA, cette française originaire de Bourges a lancé « Taste of Paris » à Hamilton, une ’french touch’ au cœur des grands espaces de l’Ouest américain… Interview.

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Comment êtes-vous arrivée dans le Montana ?

Je suis originaire de Bourges, dans le centre de la France. J’ai fait des études dans une école supérieure de commerce avec une spécialisation en import/export. Au cours de ma dernière année d’études, j’ai participé à un concours organisé pour les étudiants par une Chambre de Commerce Franco-Américaine en collaboration avec la Chambre de Commerce de Bourges, et j’ai eu la chance de gagner ce concours, ce qui m’a emmenée à Los Angeles pour une mission export. Là-bas, j’ai rencontré l’homme qui deviendra mon mari deux ans plus tard, en 1988… J’ai donc immigré ici aux États-Unis, plus précisément à San Francisco. Après avoir voyagé dans plusieurs états du Nord-Ouest, six ans plus tard nous déménagions au Montana, un état qui nous attirait beaucoup ! Et depuis 2010, je suis la consule honoraire de France du Montana.

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Consule honoraire, mais également entrepreneure...

En effet. En 2012, j’ai ouvert un bistrot français, "Taste of Paris" à Hamilton, à 42 miles au sud de Missoula. L’état du Montana était très rural jusqu’à voilà une quinzaine d’années. Tout comme moi, beaucoup de citadins l’ont découvert et ont commencé à venir s’installer pour s’échapper des grandes villes de Floride, du Texas, de Californie... Avec eux, ils ont apporté d’autres habitudes et de nouvelles demandes, comme par exemple pour de bons petits restaurants. J’ai fait un début très prudent car je ne savais pas si la population locale était suffisante pour justifier l’existence d’un bistrot français. J’avoue que la réussite a été immédiate et la croissance très rapide.

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J’ai ensuite ouvert un coin-boutique de produits français (nourriture et cadeaux) dans le bistrot. Six mois plus tard, j’ai ajouté une salle de 30 personnes pour les déjeuners et dîners. Enfin, l’année dernière, j’ai ajouté un hall de réception pour les mariages, cérémonies, conférences, etc. "Taste of Paris" est devenu très populaire, non seulement parmi la population locale, mais aussi à une centaine de kilomètres à la ronde !

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Partagez-nous votre expérience : Quels conseils donneriez-vous à des entrepreneurs français désireux de lancer leur business dans le Montana ?

Le Montana est un état très vaste, ce qui limite les opportunités de networking et de meet-up. Le type de population qui vient habiter au Montana est principalement une population d’entrepreneurs. Soit ils se déplacent avec leur business, auquel cas ils continuent ce qu’ils ont commencé - en règle générale, ils ne dépendent pas du marché local. Le domaine des services est un bon exemple. Si c’est un business qui implique la fabrication de produits, il est préférable que ces produits répondent à une demande à l’échelon national. Il est beaucoup plus difficile de créer un commerce qui ne vivrait que de l’économie locale. L’état du Montana ne compte qu’un million d’habitants, et ses habitants sont répartis sur… 38 millions d’hectares.

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Comment est la communauté française du Montana ?

Elle est très petite, mais ancienne. L’histoire retrace l’arrivée de trappeurs français au XVIIIe siècle. Le commerce d’échange, principalement en fourrure, se développait. Aujourd’hui, plus de 200 Français sont immatriculés au Consulat, pour le Montana. Ils vivent principalement dans les régions de Missoula et de Bozeman. Avec un million d’habitants répartis sur 38 millions d’hectares, ces quelques Français n’ont guère la possibilité de se regrouper et d’avoir une vie sociale communautaire et associative. La langue française est enseignée dans beaucoup de collèges, lycées, et universités, mais il n’y a pas encore d’école bilingue française à proprement parler. En ce qui concerne l’actualité française, il n’y a pas un grand intérêt de la part de la population locale en général. Cependant, lorsqu’un événement majeur et tragique se produit en France, la compassion est grande. Les gens ici sont très sincères, très généreux, et très solidaires. Un moment extraordinaire vécu était le lendemain de la tuerie au Bataclan. Beaucoup de monde ici me connaît en tant que consule honoraire de France mais aussi en tant que restauratrice... Mon bistrot était plein de fleurs à la fin de la journée. Des bouquets avec un drapeau français, un ruban, une note... Un moment incroyablement touchant.

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En quoi consiste votre activité de consul honoraire de France ?

En tant que consule honoraire, je suis à la disposition des Français qui résident au Montana, mais également des Français qui sont de passage. L’immensité du Montana rend mon activité beaucoup plus lente que pour un consul honoraire de grande ville. Une simple remise de passeport prend du temps. Lorsque je téléphone à une personne qui attend son passeport, il est possible que cette personne habite à Billings ou beaucoup plus loin, ce qui représente un voyage aller-retour d’environ 13 heures pour elle. Elle va devoir me re-téléphoner pour me dire quand elle peut prendre un jour de congé. De mon côté, il est fort possible que je la rencontre à Missoula, ce qui lui fait gagner deux heures de route. De même, une remise de Médaille de la Légion d’Honneur nécessite un travail de coordination. La plupart de nos anciens combattants de la 2ème guerre mondiale sont trop âgés pour parcourir de longues distances en voiture. C’est pourquoi je vais souvent les trouver à l’autre bout de l’état jusqu’à la frontière du Canada ou des Dakotas.

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Chaque remise de la Légion d’Honneur est pour moi quelque chose de très intense. Je rédige un résumé de leur participation individuelle et unique à la Libération de la France. Certaines histoires sont si intenses que je lis et relis cette partie du discours une multitude de fois pour m’habituer à la misère que ces vétérans ont vécu, pour m’éviter de verser une larme lors de la présentation. Et puis certains de ces vétérans reçoivent leur médaille et nous quittent une semaine plus tard... Je reçois le mail avec tristesse, mais avec le soulagement d’avoir fait le voyage pour ce dernier moment qui leur a été si spécial et qui restera gravé à jamais dans la mémoire de la famille présente.

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Pourquoi avoir accepté cette fonction honorifique et bénévole de consul honoraire ?

La fonction de consule honoraire me donne la grande satisfaction de pouvoir aider, parfois de pouvoir rassurer, de faire une différence dans la vie d’une personne que je ne connais pas mais dont je me souviendrai. Ce sentiment n’a pas de valeur monétaire... C’est une fierté, mais aussi un devoir.

Dernière modification : 14/09/2016

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