"60 ans de construction européenne"

Le mot du Consul Général - 25/03/2017

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Aujourd’hui la construction européenne a 60 ans, et nous sommes ses enfants.

Mes deux grands pères se sont battus contre les grands parents de mes amis allemands. Tous les jours de mon enfance, sur le chemin de l’école, un monument à la gloire des armées canadiennes qui ont libéré mon village venait me rappeler la dévastation qu’a représentée la Seconde Guerre Mondiale pour mon pays et pour ma région.

Avec la signature du traité de Rome du 25 mars 1957, l’Europe décidait de se donner les moyens de garantir la paix. De régler ses différends autour d’une table plutôt qu’un champ de bataille. Ou, selon l’expression de Maurice Schumann que mon professeur de droit communautaire m’avait fait apprendre par cœur, de passer par « des réalisations concrètes créant des solidarités de fait ».

Ces réalisations concrètes, je les ai vécues au quotidien tout au long de ma vie. Etudiant à Strasbourg, siège du Parlement européen, j’ai fait une année de mobilité universitaire au Royaume-Uni, dans le cadre du programme Erasmus, dont ont bénéficié à ce jour 3 millions de jeunes européens. A mon entrée au ministère des affaires étrangères, la première action de la nouvelle promotion a été de se rendre à Berlin pour faire la connaissance des lauréats allemands de l’Auswärtiges Amt. Diplomate aux Nations Unies, je participais à la fixation de positions communes avec les autres États-membres, afin que l’Union européenne parle d’une seule voix, via un négociateur unique. A San Francisco, je mets en valeur le dynamisme de l’innovation et des startups en France, qui ne serait pas possible si nous n’avions fait tomber les barrières réglementaires qui limitaient l’horizon des entreprises et transformé les 28 marchés nationaux en un marché unique de 500 millions de consommateurs. Dans la suite de ma carrière, j’aurai peut-être la chance de passer par le Service européen d’action extérieure, ce corps diplomatique de l’Union européenne créé par le traité de Lisbonne de 2007.

Aujourd’hui, la paix entre les nations européennes est devenue une évidence. L’objectif a été atteint avec un succès tel qu’on finit par trouver naturel ce qui est une exception à l’échelle de l’histoire. Au-delà de cet exploit, les nations européennes se sont mises en mesure, en partageant leur souveraineté, de peser dans le monde multipolaire et compétitif d’aujourd’hui. L’Europe est le plus grand marché et la première puissance commerciale de la planète. Elle défend les intérêts de ses États-membres tout en agissant pour le bien commun en contribuant à faire progresser les normes politiques, sociales et environnementales. C’est l’un des plus grands espaces de liberté avec la libre circulation des personnes, des biens, des services et des capitaux. Elle est la région où les richesses sont les mieux réparties, et elle contribue à plus de la moitié de l’aide publique au développement.

L’Europe n’en est pas pour autant exempte de défis, comme toutes les régions du monde. La facilité est de voir dans l’intégration européenne l’origine des difficultés que nous traversons, alors qu’elle est bien souvent leur remède. L’anniversaire du traité de Rome vient nous rappeler ce que la construction européenne a permis pour les Européens et a changé dans la marche du monde. Un acquis extraordinaire, mais fragile, qu’il nous revient de mettre en valeur et de préserver. Parce que c’est sur cet héritage que nous avons construit nos vies.

Emmanuel Lebrun-Damiens
Consul général de France à San Francisco

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Dernière modification : 24/03/2017

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